Je m’appelle

Je m’appelle, 13 draps coton, chanvre, lin, chacun de 2 à 240 cm de largeur pour 2.80 à 3,20m de hauteur. Installation de 11 mètres de long, 2.40 m de large et 3 m de hauteur. Malle en bois avec des vieux draps familiaux brodés. 2026.
Sur le premier de 13 vieux draps familiaux, j’ai brodé mon prénom et nom de naissance. Sur le suivant, le nom que je porterais si c’était le nom de ma mère qui m’avait été transmis. Puis celui que je porterais si ma mère elle-même avait hérité du nom de sa propre mère. Je remonte ainsi la branche maternelle sur 13 générations jusqu’en 1610 grâce à mes dernières recherches généalogiques. Avec la broderie, j’ai apposé à mon prénom le nom de mes aïeules comme une forme d’hommage à chacune de ces femmes qui retrouvent ici leur propre identité.
L’identité des femmes a été réduite à celle de leur père, puis à celle de leur mari. Je m’appelle donne forme à un arbre généalogique « matrimonial » renversant l’ordre patriarcal. Il questionne l’importance du nom que l’on porte et l’invisibilité des femmes par la non-transmission de leur nom.
Une malle avec une collection de draps brodés renvoie au trousseau du mariage. Les filles commençaient très jeunes à broder leur trousseau avec les initiales de leur prénom et nom de jeune fille dans la perspective de leur futur mariage. Le jour de leur mariage, alors qu’elles perdent leur nom de naissance, elles dorment dans des draps qui gardent la mémoire de leur nom de jeune fille par l’initiale qu’elles y ont brodée. Prenant conscience de ce paradoxe, j’ai décidé d’apprendre la broderie pour reprendre dans la lenteur les travaux des jeunes filles et des femmes. C’est un travail très technique et très long. Je l’ai abordé avec les techniques ancestrales en me formant auprès d’une brodeuse, puis en apprenant à programmer et à broder sur une brodeuse numérique dans le Fab-Lab de Martigues. Pour obtenir des textes à la dimension des draps, les broderies ont été réalisées à Atelier Sud à Gignac (34).
Depuis juillet 2022, un décret de loi permet à chacun.e de prendre ou d’ajouter à son nom celui de ses deux parents qui ne lui a pas été transmis, en général le nom de la mère. J’ai alors décidé de l’ajouter à mon nom de naissance. Je m’appelle aujourd’hui Claire Chefdeville Louboutin.




